Biens communs

Tribune dans l'Equipe : « Notre sport magnifique doit changer »

Le 14/11/2022

 

Texte écrit par Simon Fellous (chercheur en écologie), Adrien Hardy (navigateur), Arthur Le Vaillant (navigateur), Stanislas Thuret (navigateur) et les membres du collectif La Vague. Publié dans l'EQUIPE, le 9 octobre 2022 à 10h02

L'heure est venue d'investir la créativité, l'énergie et l'engagement dont regorge notre communauté vers sa métamorphose. Ensemble, navigatrices et navigateurs, constructeurs de bateaux, organisateurs de course, sponsors, journalistes, public, attelons-nous à réinventer notre sport.

« Le dérèglement climatique, la pollution et la destruction de la biodiversité sont aujourd'hui des évidences. Partout, des initiatives émergent pour créer un futur désirable, sobre et soutenable pour tous. Nous aussi, navigatrices et navigateurs, professionnel·le·s de ce sport aux valeurs extraordinaires devons faire notre part. La voile, symbole de courage et d'innovation, en symbiose avec la mer et les éléments naturels, ne peut être en retard sur l'Histoire. L'aventure aujourd'hui est aussi d'inspirer un monde nouveau. Un monde dans lequel les ressources naturelles sont utilisées avec parcimonie et la biodiversité préservée. Un monde dans lequel États, entreprises et citoyens sont acteurs du changement.

Nous pratiquons un sport magnifique mais il est déraisonnablement polluant et élitiste. Bien sûr, les initiatives foisonnent pour développer de nouveaux matériaux et encourager les prises de conscience. Ces engagements sont assurément louables. Permettront-ils de réduire nos émissions de gaz à effet de serre d'un facteur 5 à 10 comme le recommandent les conclusions scientifiques du GIEC ? La réponse est évidemment non.

Aujourd'hui, nous célébrons le prochain départ de la Route du Rhum 2022. Course à laquelle les plus grands marins et les plus innovants voiliers du monde vont participer. Réjouissons-nous de ce que nous vivons collectivement, quelle fête ! Puis réfléchissons à la prochaine, toute aussi belle et pourtant pleinement inscrite dans les limites de notre terre. Car le bilan du modèle actuel est accablant. La Route du Rhum (chiffre OCsport 2018) libère dans l'atmosphère environ 145 000 tonnes d'équivalent CO2, la logistique et les transports représentant les trois quarts de ces émissions.

Pour mémoire, notre planète ne peut soutenir que 2 tonnes par personne et par an. Des centaines de bateaux moteurs qui accompagnent le départ, brûlant des dizaines de milliers de litres de carburant en une après-midi. Ce sont 36 bateaux neufs construits pour l'occasion, dans des matériaux issus du pétrole et de métaux rares, libérant près de 9 500 tonnes d'équivalent CO2. Ces chiffres, en augmentation d'une course à l'autre, sont en totale contradiction avec les enjeux actuels. Le spectacle des sports et des arts mobilise des ressources naturelles, comment trouver un équilibre soutenable ?

Ensemble réinventons les règles du jeu ! Les pistes sont nombreuses. Inclure l'impact environnemental dans les règles de course ou dans les jauges, avec des "eco-rating" ou des quotas carbone. Valoriser les performances des marins engagés sur des voiliers anciens plutôt que mettre en valeur les constructions neuves. Réduire la vitesse pour épargner les animaux marins victimes de collisions. S'entraider entre équipes. Recentrer notre communication sur l'aventure humaine, plutôt que sur celle du" toujours plus technologique". Réinventer nos villages de course afin de toucher le plus grand nombre avec un impact minimal. Organiser des courses qui reviennent au port de départ afin de réduire l'impact des logistiques de transport. Les formidables performances des voiliers d'aujourd'hui nous permettraient, par exemple, de courir en 2026 une Route du Rhum aller et retour ; le spectacle serait doublé ; l'aventure plus pure.

L'heure est venue d'investir la créativité, l'énergie et l'engagement dont regorge notre communauté vers sa métamorphose. Ensemble, navigatrices et navigateurs, constructeurs de bateaux, organisateurs de course, sponsors, journalistes, public, attelons-nous à réinventer notre sport. Réinventons le concept de performance. Replaçons l'intérêt général au coeur de notre rôle sociétal. Développons des technologies sobres et utiles au plus grand nombre. Rendons la voile plus accessible. Transmettons nos savoir-faire, uniques et si utiles aux énergies marines renouvelables et au transport maritime bas carbone. Devenons ambitieux et exemplaires dans nos actions, modestes et authentiques dans la communication de nos projets.

Changeons, mais n'oublions personne en chemin. Appliquons aux humains les égards que nous portons à la Nature. Inventer ensemble le nouvel écosystème de la course au large, s'y atteler au plus tôt, est la meilleure solution pour que chacun y trouve sa place. Le temps des bouleversements climatiques est là. Nous, navigatrices et navigateurs, pouvons y être des phares dans la nuit des tempêtes. Solides et confiants, le regard tourné vers un horizon joyeux. »

En signant ce texte, je m'engage à agir en changeant les règles de notre sport avec l'objectif de renoncer à l'utilisation de nouvelles ressources, à développer le réemploi, à chasser le gaspillage, à limiter mes déplacements, à stopper la pollution des milieux, à préserver la santé des personnes, et à respecter la Nature et les Hommes.

La liste des signataires

François Gabart, Francis Joyon, Isabelle Autissier, Roland Jourdain, Jean Galfione, Yann Eliès, Marc Guillemot, Marie Tabarly, Armel Tripon, Yoann Richomme, Isabelle Joschke, Catherine Chabaud, Yves Le Blevec, Arthur Le Vaillant, Simon Fellous, Adrien Hardy, Gwénolé Gahinet, Erwan Le Roux, Jimmy Pahun, Lalou Roucayrol, Lionel Péan, Romain Attanasio, Tanguy Leturquais, Kito De Pavant, Sidney Gavignet, Eric Loizeau, Marc Van Peteghem, Mark Turner, Yvan Bourgnon, Nicolas d'Estais, Violette Dorange, Eric Péon, François Jambou, Pierre Leboucher, Tanguy Delamotte, Stéphane Le Diraison, Corentin Douguet, Romain Pillard, Capucine Trochet, Luce Molinier, Christophe Baley, Don McIntyre, Jane Zhou, Simon Watine, Laurent Bellaïche, Morgane Ursault-Poupon, Sacha Laniece, Pierre Meilhat, Axel Trehin, Marie Gendron, Romain Rossi, Valentin Gautier, Jonas Gerckens, Edgar Vincens, Julia Courtois, Maxime Cauwe, Didier Levourch, Jean-Baptiste Daramy, Keni Piperol, Julia Virat, Mikael Mergui, Clara Fortin, Emmanuel Versace, Jean-Philippe Cau, Christophe Brière, Hervé Nougier, Nathalie Illie, Juliette Paumier, Pierre Rebion, Astrid Vandenhove, Fabrice Galla, Simon Bernard, Marie-Laure Boulot, Yannick Perrigot, Emmanuelle Périé-Bardout, Ghislaine Bardout, Laurine Mattheyses, Théo Gavillet, Brice Villon, Damien Job, Thierry Formel, Solène Saclier, Matthieu Baillorge, Evelyne Gross.

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"Route du rhum", la coordination LMDA interroge la municipalité de Saint-Malo

Le 03/11/2022

Coûts et impacts sociaux, culturels, écologiques, économiques

de la politique évènementielle ?

 

Les membres de la coordination Le Monde d'Après du Pays de Saint Malo (LMDA) aiment la mer, ses ressources et ses plaisirs. Depuis qu'existe la course de la route du Rhum, comme de nombreux malouins et malouines, ils s'intéressent aux différents aspects de cet événement tant au plan sportif que festif, du moins pour ce qui reste de la fête populaire dans l’enceinte de plus en plus commerciale du village de la course, sur les quais du port de Saint-Malo.

Ils s'interrogent sur les coûts publics de l'évènement...

Plus de 3 millions d’€, voilà ce que coûte aux finances publiques cet évènement devenu une gigantesque foire commerciale : 2,5 M d'€ inscrits au budget primitif de la ville (hors la valorisation des prestations des services techniques), 165 000 € pour l'agglomération et  846 000 € pour la Région si l'on valorise la mise à disposition de la zone portuaire. Ceci sans parler de l’apport gratuit de plus de 400 « bénévoles » qui remplacent - parfois à la limite du travail dissimulé - autant d’agents affectés à la sécurité et à divers services qu'il faudrait recruter et salarier. Que dire enfin des surcoûts pour la collectivité de l'adaptation de la collecte et du traitement des ordures ainsi que l'ajustement des transports publics ?

... et sur ses impacts sociaux, écologiques, économiques, culturels ?

Le bilan des impacts de cet évènement sur le territoire et sur la vie de ses habitants est-il à la hauteur de la contribution financière de la collectivité ?

- Quel Impact sur le développement de la pratique des sport nautiques notamment pour la jeunesse et les classes populaires ; sur le lien social et la convivialité entre les habitants des différents quartiers de la ville ; sur le développement culturel du territoire et de ses habitants autour de la mer, du littoral et de ses activités ?

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Sur ce plan du lien social et du brassage culturel, comment ce moment de réactivation des relations avec la Guadeloupe permet-il d'exprimer l'apport des cultures afro-caribéennes (au delà de la célébration folklorique autour du Rhum) et d'exercer le devoir de mémoire envers des populations qui ont subi la traite négrière et l'exploitation des planteurs de canne à sucre. Au moment où le projet du "Musée d'histoire maritime" patine, un jumelage avec le Mémorial ACT de Pointe à Pitre pourrait se nouer.

- Quel impact au plan écologique et environnemental : empreinte carbone directe et indirecte de l’événement, gestion des ressources en eau et énergies, traitement des déchets, risque de perturbations des biotopes ?

  - Quelle pression sur le système de santé déjà très affaibli par les politiques hospitalières et la pandémie ? Et plus largement sur l’organisation permanente et durable des services publics ?

- Quelles retombées réelles sur l’économie de Saint-Malo et du Pays Malouin ? Au profit de qui ?  Selon les secteurs d’activités, les types d’entreprises, les différentes catégories de travailleurs et plus généralement les populations de Saint-Malo et de l'agglomération ?

Ces questions, les membres de la Coordination Le Monde D'Après (LMDA) se les posent car elles sont politiques et engagent les choix stratégiques de la ville. Et ils constatent la faiblesse des informations qualitatives et quantitatives qui permettraient d'y répondre réellement.

Ils  invitent les citoyens et citoyennes du territoire à s’en emparer en participant à leurs travaux et actions tout au long de l’année.

Contact : Jean Rohel, coordinateur, à l'adresse mail suivante : construisonslapres@gmail.com>

 

Lire aussi dans la revue de presse, la tribune parue dans L'EQUIPE du 9 Octobre.

La santé communautaire, une autre façon de penser la médecine

Le 11/08/2022

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Dans certains quartiers populaires, des centres pratiquent la « santé communautaire ». Médecins, assistantes sociales, associations de patients, élus... s’allient pour proposer une santé de proximité. Reportage de la revue REPORTERRE, à Saint-Denis, en Île-de-France.

Une expérience inspirante à lire ICI 

 

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La santé ça nous regarde - le dossier N°2

Le 28/07/2022

En libre accès LE N° 2 du dossier "AUX PAYS DE SAINT-MALO DINAN, LA SANTE DU FUTUR SE DECIDE MAINTENANT"

Voila près de 4 ans que les membres de la coordination Le Monde d'Après du Pays de Saint-Malo, associés à ceux du collectif Dinan Diver'Cité se mobilisent pour sauvegarder l'Hôpital Public et exiger une vrai politique du "prendre soin" sur le Secteur de santé n°6 : Saint-Malo, Dinan, Dinard, Cancale, Dol de Bretagne, Combourg. 

Il ne fait pas de doute qu’il faut moderniser l’équipement sanitaire de notre région et l’adapter aux défis actuels : difficultés d’accès à certains spécialistes médicaux ; crise de recrutement des professionnels de santé ; nécessité de réduire les consommations énergétiques et l’impact environnemental des hôpitaux. Sans parler de ce qui se profilent pour les décennies à venir : accroissement et vieillissement de la population ; augmentation des maladies chroniques, des patient.e.s multipathologiques…

Mais on ne peut emporter l’adhésion citoyenne en conduisant cette mutation majeure dans de petits cénacles, sans transparence ni débat avec la population et une grande partie de ses élu.e.s ; sans les professionnels de santé : avec pour objectif, non avoué, de réduire drastiquement les coûts des structures publiques tout en laissant place libre aux appétits financiers des groupes hospitaliers privés et de la médecine à dépassement d’honoraires.

C’est pourquoi, après la première publication d’août 2022 du dossier « Aux pays de Saint-Malo et Dinan, la santé du futur se décide maintenant », nous prolongeons et actualisons notre contribution dans ce dossier N° 2, autour de cinq principes.

1 - Pour une démocratie sanitaire réelle. Page 1

2 - Pour une économie de la santé égalitaire et solidaire. Page3

3- Pour un système hospitalier de service public maillant le territoire. Page 4

4 -Pour mobiliser l’ensemble des acteurs et moyens de santé du territoire. Page 5

5 - Pour un projet fondé sur l’éthique du «prendre soin» et des «communs». Page.8

Ce dossier a été édité et publié à l'occasion de la marche de Saint-Malo à Dinan, pour un accès égal aux soins pour tou.te.s, le 27 et 28 Avril 2024 

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A propos du projet de Stade des Terre-Neuvas : « Le football n’est qu’un prétexte »

Le 07/06/2021

S’il y avait une phrase à retenir de la présentation faite le samedi 29 mai au cinéma Vauban par les dirigeants de l’Union Sportive de Saint-Malo (USSM) à propos du projet de nouveau et grand stade, ce serait cette phrase, prononcée et affichée mot pour mot par l’un des concepteurs du projet : « le football n’est qu’un prétexte »

Cette phrase résume parfaitement les motivations foncières de ces entrepreneurs du territoire malouin : occuper à leur main, les espaces encore disponibles à la ZAC Atalante en prétextant donc l’aménagement dans cette zone d’un nouveau et grand équipement sportif, essentiellement dédié au football.

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Pour éclairer la réflexion de la coordination sur la démocratie sanitaire

Le 30/03/2021

La coordination "Le Monde d'Après de Saint-Malo"est mobilisée

sur l'enjeu de la "démocratie sanitaire". 

La démocratie sanitaire, qui consiste à informer, à faire choisir librement et à faire participer les citoyens aux politiques de santé, existe-t-elle ? Durant la longue crise du Covid-19, elle a été pratiquement réduite à néant. État des lieux et éclairages inquiets de Barbara Stiegler.

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Barbara Stiegler est professeuur des Université à Bordeaux où elle dirige le master interdisciplinaire "soins, éthique, santé" à l'université Bordeaux Montaigne. Elle publie dans la collection "Tract Gallimard", "De la démocratie en pandémie".

Elle présente son ouvrage dans un entretien très riche avec Pierre Coutelle,

sur la chaîne de la librairie mollat 

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Sur le dispositif "citoyens référents" un débat approfondi qui ouvre des perspectives.

Le 01/03/2021

Le 16 Février la coordination "Le Monde d'Après" organisait un premier débat en conférence vidéo sur le projet municipal de "citoyens référents". Quarante sept personnes mobilisées à l'appel de la coordination pour la défense des libertés publiques ont participé à trois groupes de travail pour analyser ce qui fonde ce projet de mobilisation des citoyen.ne.s pour sécuriser la ville !

Vous n'avez pu participer au débat et ce projet vous inquiète et vous mobilise, nous avons enregistré et rédigé la synthèse des trois groupes.

La coordination va suivre attentivement la mise en place de ce projet par la municipalité et poursuivra la sensibilisation et la mobilisation citoyenne pour qu'il y soit mis un terme ou pour en limiter les effets néfastes.

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Edf 1

Non à la casse d'EDF

Le 15/01/2021

Le gouvernement, en accord avec la direction d’EDF et la Commission européenne, prépare activement le démantèlement d’EDF – nommé projet « Hercule » – susceptible d’être adopté, par voie d’ordonnance (sans débat ni possibilité d’amendement pour les parlementaires), sous la forme d’un article de la future loi issue de la convention citoyenne sur le climat.